René Voillaume
« N'attendez pas pour prier d'avoir envie de le faire »
L'enseignement évangélique sur la prière peut donc tenir dans ces deux points essentiels : une promesse que Dieu viendra à notre rencontre quand et comme Il voudra, et c'est la part du travail de Dieu, la principale, car c'est pour nous un espoir qui ne peut être déçu, que notre prière s'achèvera en Lui ; une invitation pressante à la persévérance, quoi qu'il arrive et malgré toutes les apparences défavorables, et cela est notre part de travail. Qu'avons-nous besoin d'en savoir plus ?
Pour apprendre à prier il faut donc simplement prier, beaucoup prier, et savoir recommencer indéfiniment de prier sans se lasser, même s'il n'y a pas de réponse, même s'il n'y a aucun résultat apparent. Jésus a tant insisté sur la persévérance parce qu'Il savait que ce nous serait difficile, à cause de notre besoin de changement et de nouveauté.
Pour vous aider à persévérer il faudra souvent vous souvenir des caractéristiques habituelles de la prière de foi.
N'attendez pas pour prier d'avoir envie de le faire. Vous cesseriez la prière au moment où vous en avez le plus besoin. C'est une illusion dangereuse à laquelle un grand nombre doivent de s'être éloignés du Christ. Le désir de la prière ne peut naître que de la foi. Désirer prier est déjà un effet de la prière. Qu'il vous suffise de savoir que Dieu vous attend. Dieu désire toujours vous voir prier même lorsque vous n'en avez pas envie, surtout peut-être à ce moment-là. N'oubliez jamais que moins vous prierez plus vous le ferez mal, et moins le désir vous en viendra.
Vous ne devez naturellement rien attendre de la prière pour vous-mêmes. C'est pour Dieu qu'il faut prier, non pour en tirer satisfaction, ni pour avoir le sentiment de bien prier, d'avoir une bonne méthode. On ne doit souhaiter aucune prière que celle que Dieu nous donne.
Père René Voillaume (1905-2003), Au cœur des masses, édition de 1961, p. 12.
Charles de Foucauld, le Coeur de Jésus et l'Eucharistie
Dans la vie de frère Charles se réalise la rencontre d'un cœur d'homme avec le cœur humain et divin du Fils de Dieu, foyer de l'amour et de la tendresse la plus profondément humaine. Ce mystère dont vécut et témoigna Charles de Foucauld est l'essence même du christianisme. Ce fut pour lui une grâce fondamentale d'avoir été initié, dans le mouvement même de sa conversion, à l'amour si grand et si tendre, si exigeant et si plein de miséricorde, du Cœur de Jésus (…)
Nous ne pouvons penser à frère Charles autrement qu'agenouillé dans une attitude de profonde humilité, devant la Sainte Hostie, éperdu d'amour et d'adoration devant le si grand mystère d'une Présence divine, dans lequel son Bien-Aimé se livre à lui dans un don d'amour dépassant toute imagination et tout désir, et qui ne peut être parfaitement reçu que par une foi d'enfant. La création de l'Eucharistie par le Cœur divin du Christ dépasse en effet toute compréhension de l'intelligence humaine. La pénétration d'un tel mystère n'est possible que dans la foi, une foi transfigurée par le désir de l'amour et dans le silence de la raison (…)
Charles de Foucauld restera dans l'histoire comme l'initiateur de ce courant de vie eucharistique dont ses fraternités ont vocation de témoigner en un monde où les hommes ont plus que jamais besoin de rencontrer un Dieu-Amour au sein même de leur de vie.
Père René Voillaume
Extraits de l'introduction aux Constitutions des Petites Sœurs de l'Évangile.
Depuis que le Christ est né,
une dignité nouvelle pour chaque personne humaine
Le Christ nous a donc donné un nouveau commandement, qu'il appelle aussi " son " commandement : " Oui, comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. " Il y a donc quelque chose de nouveau en ce qui concerne l'amour depuis que le Christ est né en ce monde.
Ce fait nouveau consiste précisément en ce que Dieu s'est incarné et que de ce fait l'homme se trouve surélevé, transfiguré selon une dimension qu'il ne pouvait pas soupçonner. Quand on parle d'amour il faut se souvenir que nul ne saurait aimer s'il n'est d'abord lui-même aimé. Or le Christ, et spécialement lors de son agonie sur la croix, nous révèle l'amour miséricordieux dont Dieu nous aime. Il nous est donné révélation d'un amour immense, infini, plein de tendresse et de miséricorde, qui nous atteint chacun personnellement à travers le cœur blessé du Christ mourant pour nous… C'est la révélation du Dieu-Amour, et d'un amour de miséricorde, d'un amour qui s'approche des hommes, d'un amour qui ne rejette aucun pécheur, car il est de sa nature même de sauver ceux qui tombent, de guérir ceux qui sont malades et de réconforter les faibles. Une dignité nouvelle revêt la personne humaine dans le Christ, car l'homme est devenu fils de Dieu, telle est désormais sa destinée. L'homme ne saurait plus être aimé comme auparavant : il doit être aimé avec la force et le respect dus à Dieu, simplement parce qu'il est un homme. C'est une chose très grande, mais extrêmement rare, de savoir vraiment aimer un homme simplement pour la raison qu'il est un homme.
Lorsque nous aimons quelqu'un, nous l'aimons à cause de ses qualités que nous admirons, ou bien par gratitude, ou bien parce qu'il nous apporte quelque chose, parce que nous avons reçu de lui, parce que nous sommes attirés vers lui par le sentiment d'une sympathie spontanée et sensible. Mais aimer un homme simplement parce qu'il est un homme, que c'est chose difficile !
C'est ce qui fonde l'universalité du précepte de l'amour. L'homme, quelle que soit sa race, sa culture, quelles que soient ses qualités, même celui qui nous hait, celui pour lequel nous n'éprouvons qu'antipathie, celui avec lequel nous n'avons aucun point commun et qui parle un langage différent, cet homme parce qu'il est homme mérite notre amour, et il porte en lui quelque chose d'infini.
Où est votre Foi, Le Cerf 1971 p. 181ss.
Réagir en toute circonstance avec la force de l'amour
Fête du Saint Sacrement, fête du Sacré-Cœur
Ces deux fêtes nous ramènent l'une et l'autre à la pensée de l'amour du Seigneur. Ce qu'a été le mouvement d'amour du Christ Jésus se terminant par le don, si personnel à chacun de nous, de l'Eucharistie, et s'exprimant par l'organe d'un cœur, d'une sensibilité humaine, nul ne le saura jamais !
Comment, en face de telles manifestations, ne pas penser à ce que devrait être notre amour pour Dieu ? Nous savons bien que nous devons aimer Jésus : nous le désirons du plus profond et du meilleur de nous-mêmes, mais cet amour nous semble cependant à certains jours bien difficile ! Le Christ nous est pour le moment invisible, inaccessible aux sens, et nous ne savons plus comment faire pour gouverner en nous un amour si particulier. Comment nous transporter en celui que nous aimons, alors que nous ne pouvons jamais le voir de nos yeux, ni l'entendre de nos oreilles, alors que tous les êtres qui sollicitent notre amour, sauf lui, parviennent à notre cœur par le chemin des sens, et par celui de nos facultés de connaître et de sentir. […]
Le Saint-Sacrement et le Cœur ouvert sur la croix nous sont témoins visibles et certains de celui que nous devons aimer sans encore pouvoir le voir. Ces deux fêtes doivent marquer vraiment dans le cœur de chacun d'entre vous le point culminant du déroulement de l'année liturgique, parce qu'elles vous remettront chaque fois dans le vrai chemin de l'amour du Seigneur. Il nous faut apprendre à supporter l'obscurité souvent si froide de la foi pure et y accrocher un amour dont Jésus nous a dit qu'il consistait à faire la volonté de son Père, et ne pas oublier comment le meilleur de notre cœur et de notre affectivité d'homme ne saurait être absent d'un mystère d'amour qui n'a pas eu peur de l'incarnation, des larmes, du cœur ouvert par la lance, du corps et du sang donnés en nourriture. […]
Vous devez, chacun dans votre ligne propre, mettre les énergies et les richesses du cœur et du tempérament au service de la foi. Vous ferez ceci en aimant. C'est tout cela que j'ai mieux compris en ces jours de fêtes du Saint-Sacrement et du Sacré -Cœur. J'ai supplié Jésus que tous les petits frères et toutes les petites Sœurs soient maintenant et plus tard de vrais vivants dans la foi : Apprendre à regarder toute chose, tout être, toute situation avec les yeux du Seigneur sur terre et réagir en toutes circonstances avec la force de son amour. Solitude et obscurité de la foi, certes, mais accompagnées d'une résonance profondément humaine, résonance que doivent provoquer en notre être l'Eucharistie et la plaie vive au côté du Christ : ce sont des réalités de chair et de sang, qui doivent marquer nos rapports avec Dieu, parce que, à travers elles, l'Esprit nous vivifie.
Oran 1er juin 1951
Lettres aux Fraternités tome II p 58-59
Visitation de Marie
D'habitude, nous voyons surtout dans le mystère de la Visitation une action à imiter, comme si Marie n'avait fait que cette visite-là et pour qu'elle nous soit un exemple, oubliant qu'il est dans la nature de la Vierge de faire des visites, et que c'est même devenu pour elle une fonction que de visiter les hommes. Comme si nous étions pour elle un ami, un proche parent, elle vient nous visiter souvent.
Total dévouement de Marie
La Visitation est pour toujours la fête de ce total dévouement qui anime le coeur de Marie depuis qu'elle sait être la mère de Jésus ; elle va commencer désormais cette série innombrable de "visitations" qui ne finira plus tant qu'il y aura un homme sur la terre. Sa glorification et l'extension prodigieuse de la maternité à tous ceux qui naîtront de son Fils, vont donner à Marie un nombre infini de parents à visiter, simplement pour aider, avec cette présence tout humble qui la caractérise. Marie vient nous visiter avec Jésus caché en elle, pour nous aider dans nos nécessités les plus urgentes, les plus quotidiennes, j'allais dire les plus "ménagères", nécessités de travail, de devoir d'état, de relations.
Marie nous rend visite, et nous n'y avons peut-être pas pensé ? Elle nous visite souvent, tous les jours. C'est cela le sens le plus profond, le plus vrai de cette fête : la fête des visites innombrables, toutes simples, toutes personnelles, bien à nous, que Marie multiplie dans nos vies, à chaque moment, à chaque difficulté. Ce n'est pas là une pieuse pensée, mais une admirable réalité. Il est dans la nature de Marie de "visiter". Elle fait des visites parce qu'elle porte Jésus, parce que nous lui sommes apparentés et parce que nous avons besoin d'elle.
Sa présence
Marie est présente dans notre vie : elle connaît, elle voit, elle s'inquiète, elle aime, elle demande, elle intervient. C'est sa manière à elle de nous visiter. La Visitation donne à cette présence de Marie un caractère plus familier, très humain : elle veut aider si discrètement qu'on ne saura pas que c'est elle, que nous ne nous sommes pas aperçus que Marie nous visitait ! Ce n'est pas aujourd'hui qu'elle a commencé ; ce que je viens de vous en dire doit vous faire découvrir la réalité.
Non, elle ne commence pas de nous visiter, car elle l'a toujours fait, sans attendre que vous lui disiez merci. Vous ne le saviez pas ? Peut-être aujourd'hui commencerez-vous d'être un peu plus attentifs, et vous efforcerez-vous de recevoir les visites de Marie d'une manière plus consciente, de les désirer, de les attendre, et, quelquefois, d'y assister dans le fond de votre coeur, avec émerveillement et dans un sentiment d'infinie gratitude.